J’ai longtemps cru que je devais absolument finir ce que je commençais.
C’était presque une règle invisible, une petite voix qui me répétait : “Un livre commencé doit être terminé. Une série entamée doit être vue jusqu’au bout. Un carnet ouvert doit être rempli.”
Et puis, en regardant mes étagères, je me suis rendue compte d’une chose : elles sont pleines de débuts.
Des livres dont j’ai dévoré cent pages avant de les reposer pour toujours.
Des carnets avec trois phrases écrites puis abandonnés.
Des séries entamées avec enthousiasme, oubliées en cours de route.
Des projets commencés avec passion, puis laissés là, comme suspendus.
Pendant longtemps, j’ai eu honte de ce désordre.
Comme si ne pas finir était un défaut, une preuve de paresse, de manque de rigueur.
Je m’excusais presque de mes “abandons”.
Mais si ce n’était pas un échec ?
Si c’était simplement une autre manière de vivre ?
Parce qu’au fond, commencer quelque chose, c’est déjà une aventure.
Un livre dont on lit cent pages nous a déjà fait voyager.
Un carnet gribouillé nous a déjà permis d’attraper une pensée.
Une série suivie jusqu’à la saison trois nous a déjà offert des heures de rires, d’émotion, d’évasion.
Pourquoi faudrait-il considérer tout ça comme incomplet ?
Et puis il y a la liberté qui se cache là-dedans.
Le droit de s’arrêter quand l’élan n’est plus là.
De dire : “Ça suffit pour moi.”
De ne pas continuer uniquement pour dire qu’on a “terminé”.
En fait, mes débuts inachevés me ressemblent.
Ils racontent mes envies changeantes, mes curiosités multiples, mes passions éphémères.
Ils disent que je préfère m’arrêter plutôt que m’ennuyer.
Que je choisis l’élan plutôt que l’endurance.
Alors oui, je ne finis pas tout.
Mais je vis intensément ce que je commence.
Et si c’était ça, l’essentiel ?





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