Il y a des discussions qu’on ne quitte jamais vraiment.
On pense les avoir terminées, poliment, maladroitement, ou avec cette phrase qu’on aurait voulu formuler autrement.
Et c’est sous la douche, quelques heures ou quelques jours plus tard, qu’elles reviennent.
Tout à coup, l’eau coule, la buée s’installe, et dans ma tête je rejoue la scène.
Je redeviens brillante, tranchante, drôle.
Je trouve exactement la réplique parfaite que j’aurais dû sortir.
Celle qui cloue le bec, celle qui fait rire, celle qui remet les choses à leur place.
Bref, celle qui n’est jamais sortie de ma bouche quand il le fallait.
Parfois, je m’invente même un public.
Je parle à voix basse, je refais le dialogue, je gagne enfin le débat.
La salle de bain devient mon théâtre.
Mais soyons honnêtes : ces conversations n’arrivent pas que sous la douche.
Elles arrivent dans le lit, dans la voiture, en marchant dans la rue.
Elles sont le signe qu’on n’en a pas fini, qu’on aurait voulu être mieux, plus fort, plus juste.
Et au fond, elles sont une preuve qu’on tient à ce qu’on dit, qu’on veut être compris.
Alors oui, je passe beaucoup trop de temps à refaire des dialogues avec des gens qui ne m’écouteront jamais.
Oui, ça ne sert à rien.
Mais peut-être que ce n’est pas grave.
Parce que dans ces conversations rejouées, il y a un peu de soulagement, un peu de réparation.
Même si personne ne les entend, moi, je sais que j’ai enfin trouvé les mots.





Laisser un commentaire