Parenthèse #15 – Ma synesthésie et mon obsession des nombres pairs

J’ai longtemps cru que j’étais la seule à faire ça.
Compter les choses pour qu’elles soient paires, toucher chaque côté de façon “équitable”, rechercher la symétrie partout, comme si mon bien-être en dépendait.


Enfant, c’était presque un jeu.
Si ma main gauche effleurait la poignée de porte, ma main droite devait le faire aussi.
Si je montais un escalier en tapant du pied sur une marche, il fallait que l’autre pied le fasse également.
Sinon, quelque chose n’allait pas, un petit nœud dans ma poitrine me rappelait que ce n’était pas “juste”.


En grandissant, ça n’a pas disparu.
Ça s’est transformé.
Aujourd’hui encore, je préfère le son de la machine à laver quand le cycle finit sur un nombre pair.
J’évite de couper la musique sur un chiffre impair.
Et quand je me cogne le coude d’un côté, il m’arrive de toucher doucement l’autre, juste pour rétablir l’équilibre.


Ce n’est pas handicapant, pas vraiment envahissant — mais c’est là, tout le temps.
Un petit fil invisible qui guide mes gestes et mes sensations.
Parfois, ça m’agace, parfois ça m’amuse, souvent ça me rassure.


Et puis il y a ma synesthésie.
Pour moi, les chiffres ne sont pas juste des nombres.
Ils ont des couleurs, des formes, presque des personnalités.
Le 4 est solide et calme, le 8 est rassurant, le 5 est trop chaotique.
Je sais que ça peut sembler étrange si tu n’as jamais ressenti ça, mais pour moi, c’est naturel.
C’est comme si chaque chiffre avait une ambiance qui m’accompagne.


Longtemps, je n’en ai pas parlé.
De peur qu’on me dise que je suis bizarre, que j’exagère, que ce sont des manies inutiles.
Mais plus j’en discute, plus je découvre que je ne suis pas seule.
Beaucoup de gens ont leurs petites obsessions, leurs rituels invisibles, leurs symétries rassurantes.


Alors si toi aussi tu touches les deux côtés du chambranle de la porte “pour équilibrer”, si tu mets le son de la télé sur un nombre pair, si tu ne peux pas finir un paquet de biscuits sur un chiffre impair…
Sache qu’on est plusieurs dans ce club secret.


Et si tu n’as jamais ressenti ça, peut-être que tu regarderas tes prochains gestes différemment.
Parce que derrière nos petites manies se cache souvent une façon de remettre un peu d’ordre dans le chaos.


Dites-moi que je ne suis pas toute seule.


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